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Ok, je n’ai pas pu m’empêcher de vous le livrer en phonétique, histoire que vous ne commettiez pas d’impair en le prononçant : çà s’écrit “Sacosuchus”, de fait. Mais je ne sais pourquoi cette transcription phonétique m’a plu : sans doute parce que çà fait plus gladiateur ?

Au fait, j’oubliais… de quoi s’agit-il, au juste ?

Eh bien, d’après Wikipedia, il s’agit d’ “un reptile préhistorique de l’ordre des crocodiliens qui mesurait entre 11 et 14 mètres de long et pesait près de 10 tonnes. [...] Le Sarcosuchus vivait il y a 110 millions d’années, au crétacé inférieur.”

Bien, me direz-vous, çà commence à faire un bail qu’il a pas fait la une des média, ce sarco-là…

Eh bien, le voici qui remonte dans les sondages : et ce grâce aux efforts du Museum National d’Histoire Naturelle de Paris, qui s’affaire en ce moment même à restaurer un magnifique exemplaire de Sarcosuchus au sein de sa galerie de paléontologie.

Voici un extrait de l’affichette que ledit museum présente aux visiteurs, pour s’excuser du dérangement (faut dire qu’un sarco, çà occupe de l’espace) :
Affichette Sarcosuchus Imperator

De fait, si l’on poursuit un peu plus la visite, on ne peut manquer de rencontrer ce pensionnaire peu discret : la photo suivante finira de vous convaincre qu’il s’agit d’une très sérieuse étude scientifique. Mais pouviez-vous en douter, connaissant la réputation de l’institution qui le présente ?
Sarcosuchus Imperator

Tout de même, c’est à se demander si le Muséum n’a pas cédé à un certain goût du sensationnel, voire du bling-bling (doit-on y voir une conséquence directe de la réforme de la Recherche ?)
De fait, l’animal fait forte impression, au point que je n’ai osé le regarder en face que depuis les balcons de la galerie supérieure, imaginant même l’entendre m’apostropher de sa grosse voix virile : “Descends si t’as des couilles !”
J’en tremble encore…

Que votre métier consiste à concevoir, organiser, gérer, maintenir ou planifier, nul doute que vous aurez déjà constaté le fait suivant : les systèmes dont vous avez la charge, au fil du temps, deviennent de plus en plus inefficaces, plus compliqués, chaque modification provoque des effets de plus en plus imprévisibles, et toute tentative de simplification devient trop hasardeuse pour être envisageable…

Alors, augmentation naturelle de l’entropie ? Effet de bord de la complexité ? Ou simple incapacité de votre part à gérer et organiser correctement ?

De fait, les systèmes complexes ne sont pas statiques : ils échangent avec l’extérieur, qui évolue, et sont eux aussi contraints à évoluer, ou à disparaître.

Evoluer ne pouvant se faire que dans deux directions : croissance ou décroissance (devenir plus gros ou plus petit, plus véloce ou plus lent, plus riche ou plus pauvre, plus technicien ou plus traditionnel, ou ce qu’il vous plaira, c’est analogue…)

Et encore, dans des limites relativement étroites : une ville, une entreprise, un programme, une économie ou un animal ne peuvent faire croître ni décroître à l’infini leurs principaux caractères (pourquoi, me direz-vous ? les raisons sont diverses, mais connexes. Prenons un exemple avec l’animal : si sa taille change, son volume évolue plus vite que sa surface, ce qui pose rapidement des problèmes de régulation thermique – trop petit, il offre trop de surface par rapport au volume nécessaire à produire de la chaleur… et trop gros, il n’offre pas assez de surface pour évacuer ses calories : les souris ont froid, les éléphants ont chaud !)

Or, chaque évolution (croissance ou décroissance) comporte une part d’irréversible : d’abord parce qu’il n’est pas question de revenir à l’état initial (le monde extérieur ayant depuis évolué), ensuite parce que c’est impossible.

Prenons l’exemple d’une usine (à gaz ? nom générique que l’on prête à toute la galaxie des systèmes complexes, comme par hasard), dont on voudrait moderniser le fonctionnement : d’anciens sous-systèmes vont rester actifs, d’autres seront ajoutés, d’autres remplacés ou rénovés, etc…

Dans ce cadre, la redondance est préférable à la perte d’une fonction : on évite de trop modifier ce que l’on comprend mal, ou ce qui semble remplir sa fonction honnêtement – on se contente de le répliquer ou de l’améliorer.
De plus, sur un système qu’il est souvent impossible d’arrêter, l’arrêt même temporaire d’un sous-système vital (par exemple, dans le but de le remplacer) pourrait avoir des conséquences funestes…

Chaque évolution va alors s’ajouter à un existant sans réellement le remplacer, provoquant une forme de stratification qui réduira l’efficacité du système, y provoquant des redondances, parfois des incohérences. Les erreurs, inhérentes à toute manipulation, vont également s’y accumuler au fil du temps.

Le système finira par être trop inefficace pour remplir sa fonction, même dans un mode dégradé : notre usine, par exemple, devra être désaffectée, démolie et remplacée.

Rien que de très normal, donc : vous voilà donc rassuré, puisque votre compétence n’est pas en cause ?
Ne vous réjouissez pas trop vite : étant vous-même un système complexe, l’adhésion au raisonnement ci-dessus vous condamne à mourir avec lucidité…

Imaginez que le gouvernement crée un nouveau fichier, dans lequel il conserverait la liste détaillée de tout ce que vous possédez : pas seulement vos résidence(s), comptes en banques, livrets, assurances vie, etc…, mais aussi vos voitures, motos, et même vos meubles, vos bijoux, votre argent liquide, voire le vin qui est dans votre cave.

Vous hurleriez au fichage généralisé ? Pourtant, ce fichier existe, et il contient déjà 528.000 foyers (chiffre 2008), soit environ 1.200.000 personnes : 2% de la population, 1 personne sur 50.

Affabulation ? Pas du tout. Ce dont je parle, c’est de la base de données de l’ISF, le fameux Impôt de Solidarité sur la Fortune.

Bien sûr, une certaine gauche ne manquera pas de faire remarquer qu’il s’agit ici des riches, et qu’ils l’ont bien cherché (d’autant plus que, c’est bien connu, ce sont eux les “ficheurs”, d’habitude… alors les ficheurs fichés, hein ?).
Une telle attitude serait pourtant assez illogique, voire irresponsable : existerait-il des populations qu’il est “bien” de ficher, alors que ce serait “mal” d’en ficher d’autres ? J’attends qu’un honnête homme de gauche (ou de droite, d’ailleurs) me tienne ce raisonnement, ce serait assez divertissant…

Mais revenons à l’ISF, et voyons ce que cette position aurait d’intenable :

Sur la forme, d’abord, s’offusquer d’ “Edvige” ou de “Base élèves” et tolérer le fichage détaillé des véhicules, meubles, argent et bijoux de millions de personnes, c’est largement discriminatoire (le riche “méritant” d’être fiché… le racisme est proche, là, à moins qu’il ne s’agisse de jalousie ou de revanche sociale, ce qui ne vaut guère mieux !)

Sur le fond, ensuite : il est fortement probable qu’au moins la moitié de nos assujettis à l’ISF ne dépassent guère le million de patrimoine – et soient donc redevables d’un ISF compris entre 0 et 1.000 EUR…
Autrement dit, il existe 600.000 personnes que l’on fiche dans l’unique but de leur soutirer moins de 1.000 EUR !

Conclusion : si vous fichez 1 demi million de types pour si peu, quel est à votre avis l’objectif ? L’argent, ou le fichage ?
Ne serait-il pas plus simple d’augmenter leur impôt sur le revenu, ce qui éviterait de les ficher et rapporterait davantage ?

L’argument de l’ISF comme impôt de “solidarité” ne tient donc pas longtemps : l’ISF est un système de fichage policier. Qui plus est inventé par la gauche, qui semble plus à même que notre droite radicale de ficher le citoyen en évitant la grogne sociale (et que çà devait arranger de ficher les riches… quoique çà semble aussi arranger la droite – de fait, on aime bien les fichiers, que l’on soit de l’un ou de l’autre bord).

Et maintenant, séquence frisson : 1,2 millions de personnes, c’est plus de la moitié de la ville de Paris.
Imaginez qu’une Gestapo “moderne” décide de spolier les juifs, et commence par utiliser un algorithme simple : une recherche par nom.
Le premier jour, notre Gestapiste de base pourrait décider de rechercher tous les “Cohen” payant l’ISF (vous me direz, mais tous ne sont pas juifs ? Certes, mais il ne faisait pas bon s’appeler “Cohen” en 1943, juif ou pas…).
Faites l’essai dans l’annuaire de Paris : plus de 2.500 réponses. En supposant que la répartition dans l’échantillon ISF soit équivalente, on devrait y trouver un bon millier de “Cohen” : de quoi occuper notre Gestapo pendant quelques temps, avant de passer à des algorithmes de recherche plus subtils…

Le même moyen devrait permettre aisément de spolier les arabes, les noirs, les hispaniques, les russes, les polonais, les ouzbeks ou qui vous voudrez (voyez, je ne suis pas raciste : essayez les “Gomez” ou les “Mohamed”…).
On a la liste des “riches”, avec le catalogue complet de ce qu’on pourrait leur prendre : il ne reste plus qu’à les trier par “race”, ethnie, religion ou origine !

J’attends donc que les opposants à “Edvige” ou “Base élèves” manifestent contre l’ISF : ils commenceraient à avoir l’air plus crédibles, ou au moins intellectuellement honnêtes.
Sauf à penser qu’ils soient persuadés qu’il existe de mauvaises raisons de ficher, mais qu’il en existe aussi de bonnes… disons que je ne leur ferai pas l’injure de croire à une telle mauvaise foi de leurt part.

En attendant ce jour faste, Citoyens, dormez tranquilles. Et si vous pouvez, évitez de mettre de côté 1 million d’EUR, c’est plus sûr… même si vous vous appelez Dupont.

Flash-back sur la crise des années 90 : ou comment démentir la croyance selon laquelle “l’histoire ne repasse jamais les plats” (les citations sont tirées des archives du journal Le Monde).

Donc, au départ, tout va bien : Le prix moyen des logements neufs et anciens à Paris a été multiplié par trois en dix ans (15/2/89), ou encore Acheté par un promoteur 650 francs en 1985, le mètre carré de cette colline niçoise s’est vendu il y a quelques semaines 4 500 francs. Sept fois plus cher qu’il y a cinq ans. (16/5/90).

Le bon vieux mythe des Anglais bat déjà son plein : Les Britanniques débarquent en Bretagne. Quelques vieilles pierres dans un hameau perdu,la campagne à perte de vue : c’est le nouveau rêve de l’autre côté de la Manche (4/4/90).

Le 4 Avril 90, malgré quelques craintes émergentes, l’euphorie domine : Les professionnels attendaient une pause, ce fut l’apothéose. Les prix flambent.

Même les Espagnols jouent leur partition classique : ” Buscar piso ” ( ” chercher un appartement “) : cette expression mille fois répétée est devenue, pour des milliers de jeunes couples madrilènes, le symbole d’un interminable cauchemar. L’extraordinaire boom immobilier qu’a connu durant ces dernières années la capitale espagnole l’a en effet rendue véritablement inaccessible pour nombre de ceux qui rêvent d’y bâtir un foyer. (27/10/90).

Parfois, tout de même, un éclair de lucidité : Les ventes ont baissé en 1990 et les professionnels s’inquiètent des perspectives pour 1991 . Une chute qui met en évidence la fragilité du secteur après les années d’euphorie. Après les années fastes, voici venu le temps de l’incertitude. (10/4/91).

Il faut dire qu’il s’en passe de belles, en 90 : on prend de plein fouet la faillite des “Saving and Loans” (c’est comme çà qu’on disait “subprime” dans la langue de 90), qui met en faillite nombre d’établissements financiers, d’abord américains (particulièrement les caisses d’épargne) :
La faillite des ” Saving and Loans ” Les caisses d’épargne américaines pourraient être adossées à des banques (18/4/90).
Car çà va coûter cher : M. William Seidman, président de la Resolution Trust Corporation (RTC), organisme chargé de l’assainissement des caisses d’épargne américaines en difficulté, a estimé, lundi 30 juillet, que le sauvetage de ces institutions coûterait plus de 500 milliards de dollars. (1/8/90), ou encore, Le Congrès américain devrait se voir demander dans les prochains jours une rallonge de 80 milliards de dollars (…) aux 85 milliards déjà dépensés pour financer le plan de sauvetage des caisses d’épargne. (23/6/91).

Mais bon, on a un peu exagéré, en procédant à la “titrisation” de créances (çà ne vous dit rien, çà, la titrisation ?); dans les premiers rôles, l’inoxydable Bear Stearns (associé à l’époque au Crédit Lyonnais) :
Le Crédit lyonnais et la banque américaine d’investissements et de placements Bear Stearns (…) ont signé un accord pour le développement du marché français de la titrisation des créances (24/6/91).
Tout le monde s’y met : La Compagnie Bancaire lance sa première opération de titrisation (7/6/90).
Il faut dire que c’est pratique; vous savez, le fameux “hors bilan” :
Le Crédit lyonnais lance sa deuxième opération de titrisation de crédits personnels. Celle-ci permet à l’établissement de sortir de son bilan 70 000 prêts accordés à ses clients et de les céder à un fonds commun de créances (10/4/91).

Donc, on se plante… au point d’atteindre une forme de “point Godwin”, en allant jusquà comparer la situation au “Vietnam” : les caisses d’épargne américaines ont perdu plus de 40 milliards de dollars. Une catastrophe financière plus importante que celle des banques durant la grande crise, et qui coûtera au contribuable américain autant que la guerre du Vietnam. (14/7/92).

Qu’à celà ne tienne, on va moraliser le capitalisme financier : Alors que la situation des banques américaines ne cesse de se dégrader, l’administration Bush prépare une réforme en profondeur du cadre législatif qui a régi les métiers de la finance (…) depuis la grande crise de 1930. (12/12/90)
Ou encore, ” Un système bancaire fondamentalement sain, ouvert à d’autres activités, à l’image de nos concurrents étrangers, et constituant un élément vital pour que s’ouvre à l’économie américaine une nouvelle ère de prospérité “, c’est ainsi que le président George Bush a défini (…) l’objectif des importantes mesures annoncées la veille par le Trésor pour accroître la compétitivité des banques américaines. (8/2/91)

Mais, las, dès le 11/9/91, on titre en France : Gonflement des stocks, allongement des délais de vente, baisse des prix La crise de l’immobilier parisien semble s’aggraver.
En Angleterre, c’est déjà pire : La crise du logement et la récession en Grande-Bretagne Le gouvernement de M. Major est confronté à l’explosion des saisies immobilières (26/12/91).

Il faut dire que la situation reste critique, et partout : en France, Des propositions aux pouvoirs publics Les banques souhaitent de l’aide pour faire face à la crise de l’immobilier (13/12/92). Au Canada, Le groupe Olympia & York, numéro un mondial de l’immobilier, a été placé sous la protection de la loi sur les faillites (16/5/92).
Aux US, on nous ressort la vieille antienne de la crise de 29 : Aux Etats-Unis, l’immobilier connaît sa plus grande crise depuis les années 30 (22/11/92), ou encore, La faillite en chaîne des caisses d’épargne (Savings and Loans) à la fin des années 80 est la catastrophe financière la plus importante que les Etats-Unis ont dû affronter depuis la grande crise de 1929. (10/11/92).

Le contribuable a beau écoper, la brèche semble impossible à colmater : Le sauvetage des caisses d’épargne aux Etats-Unis coûtera, en 1992, 50 à 75 milliards de dollars supplémentaires (…) aux contribuables américains. (13/6/91). Du coup, on nationalise joyeusement : La huitième plus importante caisse d’épargne américaine, la HomeFed Bank de San-Diego (Californie), a été placée sous contrôle fédéral (9/7/92).

Heureusement, en France, on invente des dispositifs fiscaux de relance (le “Scellier” de l’époque ?) : M. Louis Besson, ministre de l’équipement, du logement, des transports et de la mer, a annoncé (…) deux mesures fiscales en faveur de la construction de logements locatifs privés. (16/3/91).
Evidemment, c’est un cautère sur une jambe de bois… et la descente se poursuit :
La crise du marché immobilier francilien alimente la négociation entre acheteurs et vendeurs, qui baissent leurs prix de 15 % environ, selon la revue De particulier à particulier. (31/5/92).

Pourtant, un peu plus tard, quelques notes d’optimisme se font jour :
Après les mesures de soutien prises au printemps par le gouvernement, les avis divergent sur la question de savoir si la reprise interviendra en 1994. (16/10/93).
Ou encore, Le prix du mètre carré dans les logements anciens parisiens a stoppé sa chute : au cours des trois premiers mois, il s’inscrit en hausse de 0,1 % (21/6/94).

Bon, maintenant, on sait ce qui s’est passé après 94. Tiens, justement, la FNAIM vient de nous annoncer un petit rebond printanier, relatif à avril dernier…
Citoyens, aux abris !

Au printemps 1720, le Grand-Saint-Antoine, vaisseau revenant d’Orient, se verra refuser l’accès à la passe de Cagliari avec une violence inqualifiable : Saint Remys, vice-roi de Sardaigne, ayant vu, lors d’un rêve prémonitoire, la peste déferler sur son royaume. Contre toute attente, l’entrée du navire à Marseille marquera le début de la grande peste de 1720… (*)

Aujourd’hui, face à certain virus Mexicain, nos vice-rois modernes s’apprêtent à repousser avec la même virulence tout vaisseau aérien en provenance de ce pays maudit : toutefois, la comparaison s’arrête là. On connait la cause de leur rêve prémonitoire : ils ont allumé la télé.

Et qu’y voit-on ? D’abord, une population mexicaine entièrement masquée; si l’on connaît (depuis Zorro) la promptitude du Mexicain à se masquer, tout de même, qui aurait soupçonné tant d’efficacité ? A moins que l’épidémie n’y traîne déjà depuis des mois, dans l’indifférence générale par-delà le Rio Grande…
Thèse qu’accrédite d’ailleurs la qualification au niveau 5 de la pandémie par l’OMS : cette histoire de virus qui commence au niveau 5, c’est un peu comme une retransmission d’OM/PSG qui commencerait à 3-0, on aurait l’impression d’avoir manqué la première mi-temps…

Bien, donc, notre virus finit tranquillement sa saison au Mexique; c’est normal, l’hiver aussi est un peu fini : les Italiens de la Renaissance avaient nommé la grippe “influenza di freddo”, et il ne fait plus vraiment freddo, là bas…
Mais il a atteint un intéressant seuil de virulence médiatique : tout ce monde masqué, les lieux publics fermés, voilà de quoi nous lancer une bonne panique aux conséquences sonnantes et trébuchantes (sauf pour l’Office du Tourisme local, qui ne semble pas faire partie du Consortium…).

Notre ami H1N1 est une bien petite bestiole pour relancer la croissance, mais après tout, au point où on en est, hein… Et puis, çà distraira les masses, dont le mois de Mai fait traditionnellement fleurir l’esprit contestataire.
Qui plus est, nos autorités sanitaires pourraient en sortir grandies : face à un virus en fin de course, elles ne devraient guère avoir de mal à remporter une victoire déjà quasiment acquise. Tout en testant en grandeur réelle leur dispositif…
Il est donc temps de faire entrer l’ennemi en Europe : par l’Espagne, celà va sans dire, toute bonne grippe se devant d’être espagnole (et puis, la bête maîtrise déjà la langue !). Et par la télé, moyen de contamination jugé peu dangereux; encore que : si on passe au niveau 6, je pense prendre des mesures drastiques en masquant mon téléviseur.

Aurait-on alors raison de courir à l’officine du coin réclamer sa dose de Tamiflu (r) ?

Que nenni, bonnes gens : en ce qui concerne les mesures de prévention, nos élites avisées les ont déjà anticipées. Il faut vider les lieux publics ? Dont acte : Lakshmi Mittal a déjà vidé les usines, et Benoit XVI les églises. Ce dernier devrait rapidement annoncer que le préservatif, jugé inefficace contre le sida, protège de la grippe du cochon : ce serait tout bénéfice, tant pour sa réputation que pour l’industrie du Latex.

Le seul à se trouver pris à contre-pied, c’est notre ami Sarkozy : lui qui vient d’interdire de manifester masqué, son inconséquence pourrait bien favoriser la diffusion du virus en ces temps de mobilisation sociale. Mais bon, l’homme a fait du contre-cycle une spécialité : quand on a déjà favorisé les heures supplémentaires alors que le travail se raréfiait, et mis en place un bouclier fiscal avant d’augmenter les impôts, on n’en est plus à une contradiction près.
A moins que les salariés terrorisés par la grippe ne décident finalement de rester cloîtrés : miracle de la croissance virale…

Mais bon, avant de clore ce billet, je tiens à vous faire part de mon intention de profiter outrageusement de cette pandémie : j’ai l’intention de concurrencer le Tamiflu (r) et le Relenza (r).
N’étant pas pharmacien, je ne sais encore rien de la formulation de ma future spécialité. Mais je lui ai déjà trouvé un nom, qui me semble approprié à l’enjeu :
l’Influtox (r) …

(*) L’anecdote fut, en particulier, rapportée par Antonin Artaud en préambule à son essai “Le théâtre et son double”.

Décidément, l’injustice sociale se généralise, ces temps-ci. Aussi, si j’étais certain grand patron montré du doigt ces derniers jours, voici le genre de missive que je ne manquerais pas d’envoyer au Conseil des Prudhommes, afin de défendre ma cause (je laisse d’ailleurs ledit patron libre de réutiliser comme bon lui semble ce modeste billet : je ne lui demanderai pas d’honoraires, quand bien même il n’en changerait pas une virgule).

A : M. le Secrétaire Général du Conseil des Prudhommes

Monsieur,

Mon contrat de travail prévoit, en cas de rupture, une clause d’indemnisation, que de mauvaises langues ont à coeur d’affubler du sobriquet de “parachute doré”.
Or, mon contrat se voyant rompu, je ne fais que demander l’exécution des clauses qu’il prévoit.

Mais là, surprise : m’en voudrait-on ? Comploterait-on contre moi ? L’actualité récente semble hélas en attester.

La présidente du Medef, avec des accents dignes d’Arlette Laguiller, me choisit comme bouc émissaire pour dénoncer ces patrons qui ne respectent ni leur entreprise, ni leur salariés.
Il est vrai qu’elle représente des employeurs parfois peu enclins au respect des contrats de travail : mais on franchit là les limites de la dignité.

Le Président de la République lui-même va jusqu’à prétendre que le versement de mes indemnités contractuelles serait “irresponsable” et “malhonnête” :
dans quelle République bananière vivons-nous, dont le Président juge malhonnête que les contrats soient respectés ?

Même la presse, cette infidèle qui me fut autrefois favorable, voudrait me clouer au pilori, et me pousser à restituer avec contrition des sommes qui me sont dues : avec quelle légitimité ? Je vous en laisse juge.

Monsieur le Secrétaire Général, je vous demande donc, au nom de la justice sociale, de m’apporter votre soutien, afin que mes indemnités contractuelles me soient versées, comme elles seront versées à mes anciens salariés licenciés (à noter que nul ne qualifie leurs indemnités de licenciement de “parachute doré” : l’outrance est à sens unique).

J’en suis comme vous persuadé : le contrat de travail est un pilier de notre société. Soyons ensemble l’emblême de sa respectabilité.

Dans l’attente de votre réponse, je vous prie d’agréer (etc…)

On a vu récemment 1 million de personnes défiler dans la rue. Eh bien, imaginez le même million de personnes se rendant de concert au guichet de sa banque pour y retirer 1.000 EUR de liquide (quitte à les remettre en banque quelques jours plus tard – dès que leurs revendications auraient été entendues : au passage, çà ne coûterait que quelques jours d’intérêt, soit nettement moins qu’un jour de grève…)

Vous ne voyez pas le rapport avec l’action sociale ? Bon, alors réfléchissez un peu :

- Sur le plan médiatique, d’interminables files d’attentes revendicatives devant la moindre agence bancaire de quartier, çà a des chances de passer au 20h, surtout si la communication est bien orchestrée (et l’organisation qui parviendrait à enclencher un tel mouvement ferait pour le moins parler d’elle).

- Sur le plan logistique, les banques devraient s’avérer incapables de fournir en quelques heures 1 milliard d’EUR en billets : outre que réunir une telle somme en liquide n’est pas simple, l’acheminer en bout de réseau saturerait les moyens existants de transport de fonds (sans parler du problème de sécurité).

- Les conséquences psychologiques d’un tel acte seraient incommensurables (ou au moins imprévisibles – ce qui en matière économique est presque pire, car l’imprévisible n’est pas assurable) : on a déjà vu, dans certains pays, la panique déclenchée par le moindre soupçon d’incapacité d’une banque à rendre leur argent aux épargnants… Et si tout le monde, dans la foulée, se ruait au guichet, non plus pour des raisons politiques, mais par crainte de voir ses économies disparaître ? (de fait, les autorités seraient forcées de bloquer les retraits… ce qui ne ferait qu’amplifier la confusion).

Il y a aussi une raison économique fondamentale qui démultiplierait l’efficacité de la méthode : l’argent est créé par le crédit, fourni par les banques. Et les banques ne peuvent prêter à l’infini : elles ont obligation de fournir à la BCE des réserves obligatoires (pour simplifier, 2% de l’en-cours de crédit), et sont soumises à un ratio de solvabilité appelé “ratio Mc Donough” (pour simplifier, de l’ordre de 10% de l’en-cours de crédit) – en gros, une banque qui vous prête 1.000 EUR doit pouvoir justifier de 100 EUR, et déposer 20 EUR à la BCE.

Notre milliard d’EUR retiré aurait donc un impact de 10 à 50 milliards d’EUR sur la création monétaire, selon qu’on prend pour base le ratio Mc Donough ou les réserves obligatoires (les 50 milliards proviennent du fait que le milliard retiré ne pourrait plus être déposé à la BCE, ce qui empêche de fait la création de 50 milliards, en raison des 2% sus-mentionnés).
L’effet de levier, ce n’est pas réservé aux financiers !

Enfin, la méthode donnerait du pouvoir à certaines minorités de l’action syndicale : les retraités, par exemple… tout le monde se fiche bien de voir les retraités en grève, mais s’ils se mettent à retirer quelques milliards d’EUR, çà risque de leur rendre un peu de leur lustre d’antan ! Disons que notre Ministre de l’Economie trouvera soudainement agréable l’idée d’inviter leurs représentants à déjeûner…

Donc, une organisation crédible (syndicale, par exemple) qui menacerait seulement de demander à ses adhérents de manifester en retirant 1.000 EUR de liquide à la banque ferait instantanément figure d’épouvantail… et devrait même légitimement être une cause de terreur absolue : dans le cas où la menace serait mise à exécution, nul ne peut prédire ce qu’il adviendrait du système financier, des taux d’intérêt, et de la valorisation boursière des banques (c’est en celà que la méthode peut être qualifiée de “révolutionnaire” : elle s’en prend à un pilier de l’édifice, et son potentiel d’entraînement n’est pas prédictible).

La simple évocation publique d’une telle possibilité nous forcerait sans doute à réformer le système financier et monétaire (et à le faire réellement, pas seulement en paroles) : faute de quoi celui-ci serait condamné, ensuite, à vivre dans une éternelle incertitude, jusqu’à la prochaine action… Le passage à l’acte ne devrait même pas être nécessaire (ni souhaitable, d’ailleurs, à mon avis !)

Il est étrange que personne n’ait encore songé à faire usage de cette méthode, alors même que nombre de voix s’élèvent pour dénoncer l’absence de contrôle démocratique sur la création monétaire :
Parce que çà, ce n’est pas du “contrôle démocratique de la création monétaire”, peut-être ?

Et puis, faire passer la revendication par les banques, dans le contexte actuel, serait d’une indiscutable élégance…

Si vous avez déjà assisté à une Assemblée Générale de copropriété, vous avez certainement été amené à voter un mystérieux “quitus” à votre syndic – généralement présenté comme une sorte de vote de confiance, voire comme une sorte d’obligation liée à l’exécution du mandat (et souvent malicieusement assimilé à l’approbation des comptes : on entend parfois les syndics parler de “quitus pour la gestion des comptes” (sic)).

Bref, sans doute avez-vous pensé : “après tout, ce syndic fait son boulot, donc je lui donne son quitus” (là, je me mets à votre place, mais j’avoue avoir par le passé commis la même bévue).

Un jour, je me suis tout de même demandé ce que voulait dire “quitus”. Alors, voilà :
Un quitus, c’est une exonération de responsabilité sur l’ensemble de la gestion (car un syndic est responsable de ses actes pendant 10 ans… sauf si vous lui donnez quitus : ce délai passe alors à 2 mois).

Pour simplifier, si vous donnez quitus à votre garagiste… tant pis si vous vous tuez au premier tournant parce que la direction est mal montée, vous ne pourrez plus engager sa responsabilité !
Pour le syndic, c’est pareil (par exemple, si vous découvrez ensuite que des travaux mal suivis ou mal préparés ont engendré des dégâts, amusez-vous bien). Seule exception, bien maigre : des actes qui vous auraient été cachés, ou des malversations.

Donc :
- Un quitus n’a pas de lien avec la sincérité des comptes (il y a, d’ailleurs, un point “approbation des comptes” à voter).
- Un quitus n’a pas de lien avec la confiance accordée au syndic (j’ai confiance en mon garagiste, à qui je confie ma voiture – mais jamais je ne lui donnerais quitus !)

Et enfin, un quitus n’est pas nécessaire à l’exécution du mandat (si vous refusez le quitus au syndic, vous pouvez très bien renouveler son contrat et approuver les comptes).

En résumé, donner quitus à votre syndic, çà va à l’encontre de vos intérêts (vous vous coupez toute possibilité de recours contre votre syndic, qui peut rentrer chez lui en se frottant les mains de l’aubaine), çà ne vous apporte aucun avantage, et çà ne sert à rien quant à la gestion de la copropriété.

Alors, la prochaine fois, sauf à être raide amoureux(se) de votre syndic (ou à ne pas comprendre le français), votez contre le quitus : vous constaterez que votre syndic s’en remettra, et même qu’il sera bien content de rester votre syndic, avec ou sans “quitus”.

Et pour plus d’info, je vous recommande cet article, très documenté !

P.S. Rassurez vous : les garagistes n’ont pas le droit de vous demander quitus, pas plus que les médecins ou les plombiers… mais cet archaïsme subsiste pour les syndics, sans doute ont-ils leurs entrées dans les couloirs des ministères ?

P.P.S. je ne comprends même pas qu’un syndic ose seulement demander quitus (et généralement, avec quelle mauvaise foi !)

Premier titre du 20h de France 2, ce lundi 25 Août : “Nouvelle attaque des Talibans contre les troupes françaises”. Bigre, me dis-je, j’espère que cette fois ils sont sortis couverts…

Et la suite : “Notre équipe se trouvait dans le véhicule touché par une roquette”… Alors là, je reste scotché devant mon poste, tout émoustillé à l’idée de voir M. Grizbec s’extraire en slip d’un blindé fumant !

Je ne serai pas déçu : la suite est très au-delà de mes attentes. On y voit quelques images embarquées de l’intérieur d’un blindé, un commentaire qui dit qu’une roquette vient d’être tirée mais n’a pas explosé (précision inutile, aurait-elle explosé qu’elle eût clos à jamais le Bec de M. Griz), un soldat qui ouvre la tourelle, sort nonchalamment, tire quelques coups de Famas avant de revenir prendre place à l’intérieur, prétendant avoir vu des talibans “courir sur la crête” (ah, les crêtins !). Sur ses lèvres, j’ai cru lire “vivement la quille”, mais je ne suis pas sûr…

Bon, tout çà n’est pas très militairement correct : un taliban qui tire au milieu du convoi, avec une munition bricolée (puisqu’elle n’explose pas), donc un truc qui ne vole pas bien loin, il est à moins de 100m, et en position dominante vu le terrain. Et là, notre soldat qui sort de sa tourelle, avec de supposés talibans qui l’attendent bien cachés à quelques dizaines de mètres, et il ne sait même pas où…

J’espère au moins que l’office du Tourisme a envoyé quelques talibans sur la crête (parfois on ne recule devant rien pour satisfaire les tour-operators), mais j’arrive même à en douter : les réductions de budget, encore… le Taliban est cher, ces temps-ci, avec l’inflation et le conflit des intermittents.

Quant à M. Grizbec, il est mûr pour couvrir le retour du 15 Août embarqué dans le camping-car de Marcel sur la Nationale 7 : c’est un peu plus dangereux (on perd 5.000 ressortissants sur les routes chaque année), mais maintenant il est aguerri. Et si Marcel voit un Taliban, pas de doute, ce sera dû aux effets du rosé.

Moralité : La Grande Muette a loupé une occasion de se taire.

Mais bon, cessons de faire preuve de “légèreté” (comme dit un certain Général) pour rebondir sur un sujet connexe, mais plus grave : avez-vous entendu le discours de notre cher Président à Maillé ?
Profitant de l’événement pour faire un parallèle avec l’Afghanistan, il traitera les talibans tuant nos soldats de “barbares” et de “terroristes”. Fort bien.
A noter que quelques jours après la mort des dits soldats, un raid de la coalition provoquera la mort de 76 civils afghans, femmes et enfants inclus. De celà, bien sûr, il ne fut pas question (et puis, hein, c’est pas nous, c’est les Américains).

A Maillé, les nazis ont pourtant fait la même chose. Et sur le corps de certaines victimes, on aurait retrouvé des messages faisant mention de vengeance contre les “terroristes” : la Résistance ayant exécuté un officier nazi quelques jours auparavant…

Bref, il n’y a rien de nouveau sous le soleil : même rhétorique contre la résistance (les “terroristes” et les “barbares”, on a déjà entendu çà, ici), mêmes méthodes de rétorsion. Ca fait plaisir à voir, cette constance de l’homme !

Alors, il y a au moins un point sur lequel je suis d’accord avec M. Sarkozy : nous avons commis une “faute morale”. Celle de ne pas avoir su tirer les leçons de Maillé, et d’avoir joyeusement carbonisé femmes et enfants au nom de la lutte sacrée contre les terroristes…

Un jour peut-être irons nous nous excuser, comme ce digne procureur allemand le fit à Maillé, auprès des habitants éplorés de quelque Maillé afghan : gageons qu’enfin, nous en sortirons grandis.

Le 27 mai dernier, l’IPSOS a publié un sondage intitulé “Les Français face au téléchargement illégal de musique sur Internet” (commandé par la SCPP, Société civile des producteurs de phonogrammes) :
L’intégralité des réponses est ici.

Du sondage ressortent deux points importants (avis largement majoritaires) :

  • - Les gens pensent que les auteurs doivent être rémunérés quand on télécharge leur musique.
  • - Les gens pensent que la baisse des ventes de disques est en grande partie due au téléchargement gratuit.

Il est déjà notable que l’on parle ici de la rémunération des auteurs : évidemment, aucune question n’a été posée concernant la rémunération des distributeurs ou des producteurs (et rien sur un possible mécanisme de “licence globale”, lequel justement rémunérerait les auteurs bien mieux qu’aujourd’hui… au détriment, certes, des intermédiaires !).

Admettons… la suite est plus croquignolette, puisqu’on pose au sondé la question suivante (prenez votre respiration avant de lire !) :

Aujourd’hui un internaute qui télécharge illégalement de la musique sur internet risque une condamnation pénale pouvant aller jusqu’à 3 ans de prison et 300 000 euros d’amende. A la place, un nouveau projet de loi prévoit que l’internaute qui télécharge illégalement recevrait un avertissement par mail dans un premier temps puis un deuxième avertissement par lettre recommandée s’il continue. Enfin s’il persiste encore, il encourra une suspension temporaire de son abonnement Internet. Personnellement, êtes-vous tout à fait, plutôt, plutôt pas ou pas du tout favorable à ce projet de loi ?

Que signifie cette question ? C’est assez simple, si on la reformule. Elle signifie ceci :

Si l’on propose d’alléger notablement les sanctions à l’encontre des internautes qui téléchargent illégalement de la musique, êtes vous d’accord ?

Et là, 74% des gens sont favorable à l’allègement des sanctions, alors que 23% y sont défavorables (en supposant qu’ils aient compris la question, mais comme je ne prends jamais les français pour des c…, je le tiens pour acquis).

Cette réponse a été interprétée comme suit par Marc Guez, Président de la SCPP (interview sur O1net) :
“Nous avons fait réaliser un sondage auprès des Français. Ils ont apparemment la même perception que nous.” (sic). Et le journal d’ajouter, à titre d’explication, que “74 % des Français ne seraient pas hostiles au projet de loi antipiratage du gouvernement”, ou encore que “74 % des Français ayant déjà téléchargé sont favorables à la « riposte graduée » prévue par le futur projet de loi (avertissement par e-mail puis par lettre recommandée, voire suspension temporaire de l’abonnement…)”.

La dernière phrase est la plus croustillante : 74% des contrevenants sont favorables à un allègement des peines (c’est effectivement dans le sondage), et la SCPP s’en félicite !
C’est comme si le Ministère de l’Intérieur demandait aux fumeurs de joints s’il faut dépénaliser le cannabis, avant de se féliciter qu’ils répondent oui… Je rêve ?

A noter que, tant qu’à poser des questions sur un possible allègement des peines, l’IPSOS s’est bien gardée de poser la question suivante :
Si l’on propose de supprimer toute sanction à l’encontre des internautes qui téléchargent illégalement de la musique, êtes vous d’accord ?

J’aurais aimé avoir la réponse à cette question, mais bon, ne rêvons pas… enfin, quand on est un institut de sondage sérieux et qu’on interroge son échantillon sur une alternative, il me semble qu’on se doit d’explorer toutes les possibilités (on parle d’alléger une peine, il faut aussi évoquer son durcissement comme sa suppression, faute de quoi la signification de la réponse perd toute pertinence).

Bon, mais alors, naïveté ou manipulation ?

Marc Guez serait un imbécile ? L’IPSOS un ramassis d’incompétents ? le journaliste de 01Net un amateur ?
Dans ce cas seulement, il conviendrait de leur accorder notre indulgence : car sinon, ils seraient de mauvaise foi – ce qui est, convenez-en, bien plus grave qu’être idiot – et ne mériteraient rien que du mépris…

P.S. La question posée par l’IPSOS (sur l’allègement supposé des peines) masque également un important point de droit, relevé pertinemment par Philippe Aigrain sur son blog – à lire sans modération !


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